Pommier et pomme, 80 millions d’années à traverser. On y va ensemble ?
Calendrier des activités par saison, époque des Carolingiens au IXe siècle.

C’est long, je sais, mais voici 80 millions d’années apparaissent les rosacées. Les pollens des pommiers et rosiers ont d’importantes similitudes. Au sein des rosacées, voici des pomoïdées genre malus, plus ou moins la pomme actuelle apparue voici 2 millions d’années, en même temps que l’homme. Petite histoire de sa “domestication” Ceci dit, nous avons très peu d’écrits de cette époque…

Mais d’où vient-elle notre pomme ?

Les premiers pommiers apparaissent dans la région Turquie, Turkestan, Kazakhstan au nord de l’Asie centrale Iran. Voici 5 à 2 millénaires avant notre ère, la sédentarisation de l’homme va générer la multiplication des variétés ; traversant les inexistantes frontières, la pomme arrive en Europe, venant de l’est. Bientôt en Egypte Ramsès II puis Ramsès III favorisent son développement dans le delta du Nil.

La pomme est arrivée via l’Espagne (Biscaye) donc a sauté chez nous par le Pays Basque.

Des thèses pomologiques voici 2800 ans.

Hésiode, poète grec au VII ème siècle avant notre ère rédige une thèse sur l’art de la greffe et les variétés de pommes. Pline, de son côté, parle de boissons pommes et poires, et décrit 16 variétés de pommes. Homère cite le pommier dans l’Odyssée, le romain Appius Claudius la rapporte du Péloponnèse, et lui donne son nom : Pomme d’Api

Jean-Baptiste Corot -Homère et les bergers
Jean-Baptiste Corot -Homère et les bergers 1845 (source Wikimanche).

Et en Gaule alors ?

Dès le 1er siècle les Gaulois connaissent la pomme, qu’ils nomment “mel ou mâl” venant de malus ? En Normandie, la pomme trouve un terrain favorable. Au Ve siècle, la loi salique prévoit de punir celui qui abîmerait les plantations de pommiers.

Sacré Charlemagne : Pas que des idées folles.

Charlemagne au IXe siècle invite à la plantation de fruitiers. Dans les capitulaires, la notion de brasseur de cidre est cité. Bon, à part ça, il a aussi inventé l’école. Les élèves passant à Merval ne s’en plaignent pas. Sauf qu’il n’y a pas de réseau. Mais ça, Charlemagne, c’était le moindre de ses soucis. En avance sur son temps , mais pas pour tout.

Calendrier des activités par saison, époque des Carolingiens au IXe siècle. (source wikipedia)

Moines défricheurs, moines cultivateurs.

Chacun le sait, les moines ont toujours fait progresser l’agriculture et mis en place des “façons culturales” novatrices. Ils défrichent et mettent en culture. De plus, ayant un peu de temps entre les prières, ils développent l’importation de variétés et l’art de la greffe (lire à ce propos l’excellent livre de Claude Michelet : “Histoires des paysans de France” au titre en pied de nez à l’historien Jules Michelet, ajoutant juste un s à histoire. Et ce sont de très belles histoires ; à lire absolument)

Dans le même temps le droit féodal règlemente la cueillette des pommes des bois mûrissant sur les “malus sylvestris”

Claude Michelet – Histoire des paysans de France – Robert Laffont
Moines Cisterciens défrichant
Moines Cisterciens défrichant (Source vikimedia)

Guerre de 100 ans (1337 / 1453) époque d’échanges.

On nous a menti. Elle a donc duré plus de 100 ans ! mais aura eu quelques mérites cependant, car les guerriers français profitent de leurs expéditions punitives pour introduire chez les Anglais nos variétés de pommes. Dont la “Norman’s”

Et les jeunes guerriers anglais, en expéditions punitives sur le sol Normand, séduiront avec leurs tresses rousses les jeunes paysannes du Pays de Bray qui inventeront une nouvelle forme à leur “frometon” : le cœur. D’où aujourd’hui le cœur de Neufchâtel. Mais c’est une autre histoire.

XVIe et XVIIe siècle : que d’évolutions, pommier roi de Normandie.

Hé oui, au XVIe siècle, le pommier supplante la vigne en Normandie. Pourtant les vins normands avaient leur petite réputation : légers et peu enivrants, ils plaisaient entre autres au clergé .

Le médecin de Charles X, Julien le Paulmier (le bien nommé) fait connaître le cidre comme boisson hygiénique dans un écrit de 1588. Et en 1600 (facile à retenir, comme Marignan) Olivier de Serres, grand agronome, nomme 32 variétés, hélas sans les décrire.

Julien le Paulmier de vino et pomacéo  (du vin et du sidre)  1588
Julien le Paulmier de vino et pomacéo (du vin et du sidre) 1588

1690, Jean de la Quintinie, agronome de Louis XIV favorise des essais sur de nouveaux porte-greffes pour la conduite des pommiers en cordons et espaliers. Les seigneurs s’empressent de suivre le pas. Il faut faire honneur à ce qui plaît au roi soleil. Ces vergers sont à l’origine d’une mode “les clos bourgeois” qui écloront au XIXe siècle.

Jean de la Quintinie, instructions pour les jardins fruitiers et potagers, 1697 (source Gallica)

Pommier Pionnier du nouveau monde, et présent dans l’ancien.

Le “Nouveau Monde” recrute : les Amériques ouvrent de nouvelles perspectives, et les colons anglais y introduisent le pommier. Parallèlement, les ressortissants français en implantent sur les rives du Saint Laurent.

Aujourd’hui le pommier est présent partout dans le monde, à condition qu’il puisse y pousser. En Europe, l’INRA recense 9600 variétés. Dont 100 sont uniques à Merval.

Bibliographie sommaire :

“Guide des pommes du terroir à la table” Jean Louis Choisel, éditions Hervas 1991.

“La Pomme, Histoire, Symbolique et Cuisine” plusieurs auteurs, éditions Sang de la terre 1990. et libre court de l’auteur…