Le greffage consiste à unir une partie d’un végétal (le greffon) à un autre végétal (le porte-greffe) qui sert de support, afin de former une seule et même plante ayant les caractéristiques du greffon. Le greffon commande, le porte-greffe obéit. Le greffage des arbres fruitiers est utilisé pour propager la plupart de nos espèces fruitières dont les graines ne reproduisent pas fidèlement les caractères de la variété (pommier, poirier,…) et qui ne se multiplient, ni par division de touffe, ni par marcottage, ni par bouturage.
Avantages et inconvénients
Il permet aussi de remplacer les vides dans le coursonnage des charpentières des espaliers, de changer la variété d’un arbre âgé (surgreffage), de tester rapidement une nouvelle variété créée.
En greffant sur un porte-greffe adapté au sol, on peut cultiver des fruitiers dans des sols qui ne leur conviennent pas : pour cultiver un cerisier sur un sol calcaire, on le greffe sur “Sainte Lucie”.
Le greffage permet de lutter contre certains parasites en utilisant des porte-greffes peu sensibles. La vigne américaine est peu sensible au phylloxera, le “M 106” au puceron lanigère.
En greffant les variétés fruitières sur des porte-greffes de vigueur différentes, on obtiendra des fruitiers nains à l’arbre tige. Afin d’obtenir un pommier en cordon, on utilisera le porte-greffe “E M 9”, le moins vigoureux, en axe vertical ou en quenouille, ce sera le “M 106”, de vigueur moyenne, et en tige, on utilisera le porte-greffe le plus vigoureux, le franc.
De même pour le poirier en espalier on greffera sur le cognassier, pour une tige on utilisera le franc.
En utilisant des porte-greffes nanisants, la fructification est plus rapide (3 ans), plus abondante, les fruits sont plus colorés, plus gros, plus goûtés.
Le principal inconvénient du greffage est de réduire la durée de vie de l’arbre fruitier. Il y a aussi la formation d’un bourrelet de greffage peu esthétique.
Le porte-greffe nanisant indemne de virus permet d’obtenir les 1ères années une végétation beaucoup plus importante. Votre fruitier aura formé sa charpente plus rapidement et demandera moins d’année pour fructifier.
Les différents éléments d’un arbre greffé
GREFFON : portion de végétal de la variété à multiplier. Il est à prélever sur un pied-mère sain, de bonne vigueur et bien caractéristique.
INTERMÉDIAIRE : pour obtenir rapidement une belle tige bien droite on greffe une variété qui sert d’intermédiaire entre le greffon et le porte-greffe.
BOURRELET DE GREFFE dû à une plus ou moins bonne compatibilité entre greffon et porte-greffe.
PORTE-GREFFE : il sert de nourrice, il fournit l’appareil racinaire, il apporte la puissance de végétation.

Conditions pour réussir son greffage
Le porte-greffe doit être jeune, de bonne venue : attention aux sauvageons qui ont mal poussé dans les bois et dans vos semis ne gardez que les plus beaux sujets. Le porte-greffe doit être rustique, bien adapté au sol, au climat, au terroir. Il doit être sain, pas atteint par des parasites. Ses racines doivent être en bon état, bien développées et bien ramifiées.
Le greffon proviendra d’un pied-mère sain, le chancre peut se transmettre par les greffons, d’un pied-mère jeune, vigoureux. Les greffons prélevés sur de vieux arbres donneront des fruitiers qui se développeront moins. Le greffon sera prélevé dans la partie médiane du rameau, les yeux y sont mieux formés.
Vous opérez par temps calme, couvert, sans pluie ni vent. Agissez rapidement afin que le greffon ne dessèche pas.
La qualité de la soudure de votre greffage, dépendra de la plus ou moins bonne affinité ou compatibilité entre le greffon et le porte-greffe et donnera un bourrelet plus ou moins gros. L’affinité sera meilleure si les plantes sont très voisines botaniquement : elles doivent être de la même famille, du même genre, de la même espèce : on greffera poirier sur cognassier, sur aubépine… mais pas sur un pommier. Certaines variétés de poiriers ont une mauvaise affinité avec le cognassier : William.
L’affinité peut être différente suivant que la plante est porte-greffe ou greffon : on greffera poirier sur cognassier mais pas cognassier sur poirier.
L’affinité sera meilleure si le porte-greffe a une vigueur voisine ou plus faible que le greffon. Les tissus des deux doivent être de la même consistance, de la même texture et au même état végétatif. Afin de bien connaître les différences de compatibilité entre les variétés, il faut beaucoup de pratique et savoir observer.
Époque
On peut greffer tout le long de l’année mais les chances de réussite sont meilleures en fin d’hiver ou bien en fin d’été. Les dates varient suivant l’état de la végétation. On greffera en fente, à l’anglaise les fruitiers à noyaux en Février, greffon récolté en Janvier ; les fruitiers à pépins, néfliers, en Mars, greffon récolté en Février ; en Avril début Mai, les châtaigniers, greffons récoltés en Février.
La greffe en couronne se pratique aux mêmes époques ou mieux trois semaines plus tard. Les greffons sont récoltés avant le départ de la végétation, ils sont conservés dans du sable humide au Nord, sinon dans le bac à légumes du réfrigérateur. Seule la partie médiane de la pousse de l’année est utilisée.
La greffe en écusson se pratique en Août, Septembre pour tous les fruitiers, suivant l’état de la végétation, à la sève descendante. On peut greffer, en fente les cerisiers début Octobre. Pour les greffes, en fin d’été, les greffons sont prélevés juste avant le greffage.
Outillage
On utilisera la scie égoïne, pour étêter, la serpette pour rafraîchir les plaies et fendre, le greffoir pour tailler les greffons, du mastic à greffer, des ligatures.
Les outils doivent être bien aiguisés et propres.
Greffage en fente
Il est appelé en fente double si deux greffons sont insérés et en fente simple pour un greffon.

Le porte-greffe est étêté à la hauteur désirée et la plaie de coupe parée à la serpette. Il est fendu dans le sens de la hauteur sur une longueur de 5 à 8 cms.
Le greffon, pour la fente double, sera taillé en un double biseau, à partir du dernier œil. Les deux biseaux seront de part et d’autre de cet œil. La coupe en sera uniforme et sans accroc. Sur un côté de ce biseau double, celui opposé à l’œil, l’écorce sera retirée, il se trouvera à l’intérieur.
Pour la fente simple, le double biseau sera oblique, le porte-greffe se refermera mieux dessus.
Le greffon portera 3 yeux et aura une longueur moyenne de 10 à 15 cms. Pour le tailler plus aisément, tenez le couché sur la main gauche, allongé sur l’index ; la main droite taille, les coudes prennent appui sur le corps.
Pour l’insertion, glissez le biseau du greffon dans la fente que vous maintenez ouverte à l’aide de la serpente ou d’un coin. L’assise génératrice située sous l’écorce juste avant le bois est un tissu jeune qui a le pouvoir de se multiplier. C’est ce tissu qui assurera la soudure des deux parties : l’assise génératrice du greffon doit toucher celle du porte-greffe.

Ligaturez avec du raphia et engluez avec de la pâte à greffer. Attachez une branche le long du tronc. Elle dépassera le greffon afin d’éviter que les oiseaux ne le dérangent.
Après le greffage, il faut surveiller les ligatures afin d’éviter les étranglements et palisser les nouvelles pousses qui risqueraient de casser le vent.
L’année suivante, si vous avez posé deux greffons, supprimez en un, l’arbre pourrait, par la suite, se déchirer en deux à la suite d’un fort coup de vent.
Greffage en couronne
Cette méthode est utilisée pour le greffage des gros sujets ou pour le surgreffage.

Le porte-greffe est étêté trois semaines avant le greffage pour éviter une descente de sève préjudiciable à la bonne reprise du greffon. La coupe sera rafraîchie avant le greffage. L’écorce sera incisée dans le sens de la hauteur sur 4 cms de longueur et l’écorce soulevée d’un côté.
Le greffon aura trois yeux et de 10 à 15 cms de longueur. Il sera taillé en un long biseau simple opposé à l’œil. L’écorce, d’un côté du biseau sera retirée afin de se trouver en contact avec l’écorce non soulevée du porte-greffe.
Pour l’insertion, vous glissez le biseau du greffon sous l’écorce soulevée et vous calez bien la partie écorcée du biseau contre l’écorce non soulevée du porte-greffe.
Ligaturez, engluez et posez une branchette contre les oiseaux. La reprise est très bonne.
Greffage à l’anglaise compliquée
Cette méthode est utilisée pour des sujets jeunes (1 à 2 ans) et de faible diamètre (1 cm).
Le porte-greffe et le greffon doivent être de la même grosseur ou plus faible pour le greffon. Ils seront, tous les deux, taillés en un long biseau simple et identique qui sera situé au niveau et à l’opposé d’un œil. Sur ce biseau, vous pratiquerez une incision au tiers supérieur.

Pour l’insertion vous plaquez les deux biseaux identiques l’un contre l’autre en introduisant les languettes dans l’entaille correspondante. Ceci donne une grande solidité à l’assemblage et vous n’avez pas besoin de ligaturer.
Engluez et posez une brindille contre les oiseaux.
La reprise est très bonne, il n’y a pas de formation de nécrose au niveau de la greffe, les végétaux jeunes se soudent plus facilement.
Pour l’insertion vous plaquez les deux biseaux identiques l’un contre l’autre en introduisant les languettes dans l’entaille correspondante. Ceci donne une grande solidité à l’assemblage et vous n’avez pas besoin de ligaturer.
Engluez et posez une brindille contre les oiseaux.
La reprise est très bonne, il n’y a pas de formation de nécrose au niveau de la greffe, les végétaux jeunes se soudent plus facilement.
Greffage en écusson
La greffe en écusson est surtout pratiquée en fin d’été, on greffe à œil dormant. Votre greffon, un simple bourgeon, reste en état de dormance pendant l’automne et l’hiver et ne démarrera qu’au printemps. Suivant les variétés, les espèces on greffe au mois d’Août, en Septembre et surtout d’après l’état de la végétation, il faut surveiller la sève. On greffe au déclin de cette dernière.
Le porte-greffe doit être jeune, de faible grosseur (1 à 3 cm). Le porte-greffe est nettoyé et incisé en forme de T : les bords sont soulevés.
Le greffon doit être dans le même état végétatif que le porte-greffe, les rameaux sont prélevés juste avant le greffage, les feuilles sont supprimées, on ne garde qu’une partie du pétiole. On lève le bourgeon avec quelques centimètres d’écorce (l’écusson) à l’aide du greffoir en effectuant une coupe franche.
On retire le bois en trop, situé sous le bourgeon, sans l’évider.

Pour en savoir plus
- La présentation vidéo de deux techniques de greffage réalisée par Héléne Jouve,
- Et les cours de greffage organisés chaque année par Benoît Tardieu.